Chérif Kheddam, le virtuose

Chérif Kheddam est né en 1927 dans la Commune de Bou Messaoud  en plein cœur des montagnes de Haute Kabylie. Il reste l’une des figures les plus importantes de la vie culturelle algérienne du XXe siècle. Le jeune Chérif est d’abord destiné à la psalmodie du coran  au sein de la Zaouia  (la confrérie) des Boudjellil. Cette vie en communauté précède celle de l’exil : après un passage par Alger, il s’installe en France en 1947, au lendemain de la Seconde guerre mondiale.  Dès son arrivée, il exerce le dur métier d’ouvrier fondeur dans la banlieue nord de Paris. Son amour de la musique pousse le jeune homme de 21 ans à prendre des cours d’harmonie et de solfège, le soir après l’usine. Il fréquente également les quartiers de Saint Germain des Près et de Saint Michel où la vie culturelle maghrébine est très animée.

Il y retrouve quelques compatriotes dans les cafés communautaires pour s’exercer à  la musique traditionnelle Chaabi. Cette période d’effervescence prend fin en 1954 avec le déclenchement de la guerre d’Algérie. Il décide alors de se lancer seul dans le monde la musique et produit à compte d’auteur et de manière anonyme son premier 78 tours, « Yellis Tmurthiw » (Fille de mon pays) en 1955. Celui-ci est diffusé dans le réseau des cafés communautaires et rencontre un franc succès. C’est en allant acheter des disques chez madame Sauviat, célèbre disquaire de musique orientale, qu’il apprend ce succès et lui précise qu’il en est l’auteur. Elle l’encourage alors à se présenter à Ahmed Hachlaf, responsable du département Arabe de chez Pathé Marconi.

Au cours de la décennie 1950, Chérif bénéficie de l’enseignement musical du tunisien Mohamed Jamoussi mais également de l’Algérien Amraoui Missoum, qui est impressionné par sa maîtrise du langage de la musique alors que la plupart des artistes maghrébins ne l’écrivent pas. Il  joue du luth mais également de la mandole et du piano.  En 1959, il complète sa formation en apprenant l’harmonie auprès de Fernand Lamy, inspecteur des conservatoires de France.

Chérif Kheddam reste celui qui a modernisé à plusieurs niveaux  la chanson kabyle : tout d’abord, au point de vue musical, en introduisant des instruments à vent ainsi que des rythmes inspirés de la Rumba, du Chachacha ou de la musique classique occidentale. Ensuite, par les thèmes qu’il aborde dans ses chansons. Le poète n’hésite pas à chanter la belle Nadia et à bousculer les codes de l’expression poétique kabyle. Il dépasse alors le seul thème de l’exil pour chanter le quotidien des Algériens et reste un artiste engagé.  En 1959 toujours, sa chanson « Amis Alablul » (Le fils indigne) ne passe pas le comité de censure, contrairement à  « Djurdjura » (Gloire à nos montagnes) en 1958 et « Atsalimagh fellaoun » (Salut à mes frères) en 1961. Avant de rentrer en Algérie en 1963, il enregistre sa chanson d’amour « Alemri » (Ô miroir), son plus grand succès à ce jour, dans les studios de l’ORTF accompagné du grand orchestre de l’Opéra Comique.

Il occupe ensuite un poste de conseiller au sein de la Radio Télévision Algérienne. C’est en 1965, qu’il y découvre la jeune chanteuse Nouara, dont il sera le mentor. Il écrit alors des chansons pour elle qui lui permettront d’accéder au succès. Après une période plus calme, il fait son retour en 1975, grâce à Ahmed Hachlaf qui le contacte pour travailler à nouveau avec lui. Il continuera pendant ces nombreuses années à être très apprécié en France et en Algérie et remplira même en 1996, la salle du Palais des congrès de Paris à l’occasion de ses 50 ans de carrière.

Naïma Yahi

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